dimanche 27 octobre 2019

Mon anniversaire de choc (septique)


-      Joyeux anniversaire Flora, on t’a apporté une bouteille de champagne ! 

-      En fait, ce n’est pas mon anniversaire, je suis gémeaux, c’est mon anniversaire de choc septique ! 

-      Tu fêtes ton anniversaire de choc septique ?

-      Non, je fête la poursuite de ma vie. Mieux je célèbre à ma façon ceux qui ont rendu cela possible.

Ceux qui ont le courage de s’élever aux autres.
Ceux qui ont une passion pas une profession.
Ceux qui ignorent le mépris.
Ceux qui ne baillent pas pendant leurs réunions.
Ceux qui poursuivent inlassablement leur mission.
Ceux qui font fi de tout déni.
Ceux qui ont le vrai pouvoir, celui de soutenir, celui de guérir.
Ceux qu’on admire seulement quand on en a besoin, surtout lorsqu'on ignore encore à quel point on en a toujours besoin.

A vous tous, soignants en tout genre, un grand merci.

Et comme chaque année en octobre, j’ai une pensée particulière pour l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne, ses urgences, son service de chirurgie digestive. Je pense à vous avec beaucoup d’émotion.

mercredi 10 juillet 2019

L'homéopathie suite mais pas fin






Les fronts ont continué de s'organiser pour ou contre le remboursement de l'homéopathie. D'un côté les opposants : des collectifs de médecins, des écrivains médecins et blogueurs, des journalistes et économistes de la santé et de l'autre différentes personnalités comme des sportifs ou des politiques…
Avec un soutien pour le moins étonnant : celui de l'ancien ministre de la santé Xavier Bertrand qu'on avait pu découvrir en photos sur les réseaux sociaux tenant une pancarte indiquant le hashtag monhoméomonchoix.

A ceci près qu'il ne s'agit pas de choix mais d'utilisation de l'argent de l'état, l'argent de nous tous, de l'argent qui ne va donc pas aux urgences, aux EHPAD ou dans l'organisation de la psychiatrie...

Il n'a jamais été question de dénigrer ou d'interdire l'homéopathie mais juste de rappeler les conditions de remboursement des médicaments. On ne peut confondre utilité et efficacité sur le plan scientifique. Je fais volontiers prendre des gélules d'arnica la veille de gestes esthétiques comme les injections d'acide hyaluronique mais j'ai toujours estimé que ce n'était pas à la sécurité sociale de prendre en charge leur remboursement.

J'ai eu la chance de pouvoir m'exprimer sur l'homéopathie dans un article (1) en octobre 2018 où je disais ceci entre autres :
En dermatologie, certains topiques aux substances actives n'ont jamais bénéficié d'un remboursement. Nombre de médicaments comme les veinotoniques ont été déremboursés pour service médical insuffisant. Ils n'ont pas montré d'efficacité thérapeutique satisfaisante. Nombre de soins médicaux et paramédicaux ne sont pas remboursés comme la psychomotricité libérale.

Alors, en l'absence de preuve scientifique apportée, de supériorité de l'effet de la molécule par rapport à un placebo, est-ce bien à la solidarité nationale de prendre en charge, même en partie, l'homéopathie? Est-ce bien rationnel et cohérent? Cela ne représente certes que 128 millions d'euros, une paille, par rapport aux autres dépenses mais une paille qui chatouille et on s'orienterait vers le "non" semble-t-il.
C'est une question très philosophique. Certains praticiens estiment aussi que c'est bafouer l'éthique du soin que d'encourager la prescription de substances sans effet pharmacologique démontré, c'est mentir au patient. C'est faire un pied de nez à tous les chercheurs qui ont passé des années sur leur microscope à trouver un principe capable d'améliorer notre santé, notre espérance de vie. Certains professionnels de santé redoutent le raccourci: médicament remboursé donc validé et indiqué. 

La haute autorité de santé a récemment sans surprise voté son déremboursement (2) et les discussions ont continué. Il a été question de poursuivre le remboursement de l'homéopathie seulement en partie (3).
Mais il semblerait que le déremboursement ait finalement été adopté (4). 
Cerise sur le labo, comme on n'a pas besoin d'argent tout de suite dans le domaine de la santé, le déremboursement total n'aura lieu qu'en 2021.

Ce déremboursement ne sonne bien sûr pas le glas de l'homéopathie aux millions d'adeptes, contrairement aux idées reçues. De nombreuses méthodes concourant au bien être et à la santé des gens sont déjà utilisées sans pour autant peser sur nos dépenses de santé : la méditation, l'aromathérapie...

Ce déremboursement va permettre de communiquer sur l'homéopathie, en publiant des articles, en faisant de la publicité, en la replaçant sur l'échiquier thérapeutique et en mettant en lumière ses bienfaits même s'il ne peut demeurer de lien avec la sécurité sociale. D'une manière générale, il ne faut pas laisser penser que ce lien est sacré et qu'il signe forcément l'utilité.






vendredi 14 juin 2019

Toi qui as choisi la médecine


Toi qui as déjà la certitude que rien n’est au-dessus de la satisfaction d’aider, de sauver son prochain

Toi qui aspires à rencontrer les plus grands, ceux qui font évoluer la vie, avancer l’humanité

Toi qui sais garder des secrets sans juger

Toi qui brûles de résoudre les énigmes du corps humain

Toi qui vas connaître les histoires merveilleuses, tristes, angoissantes des gens et les écouter avec empathie

Toi qui feras la fierté de ta famille après l’avoir obligé à te supporter des années

Toi qui préfères un métier sacerdotal à un travail conventionnel

Toi qui portes mieux la blouse blanche trop large que le costume sur mesure

Toi qui veux être dans la peau d’un super héros

Toi qui as foi en l’humain

Toi qui t’apprêtes à ne plus avoir que des amis médecins tant ton rythme sera effréné et tes blagues lourdes

Toi qui rêves de tenir des discours ampoulés

Toi qui n’as pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil

Toi qui ne crains pas les liquides biologiques

Toi qui sais que l’argent ne fait pas le bonheur

Toi qui ignores encore que les pouvoirs publics seront systématiquement contre toi pas par réflexion mais par tradition





Toi, prends une grande inspiration et sois le ou la bienvenu(e) en faculté de médecine!






lundi 27 mai 2019

Un soignant ne devrait pas parler comme ça


Quand on est médecin, on ne s'exprime pas toujours comme il faudrait lorsqu'on s'adresse aux patients. Parfois pas assez clairement et ils ont l'impression qu'on tente de les égarer, ou qu'on les prend pour des idiots ; il arrive même qu'on marmonne des expressions étranges suscitant leur étonnement. Parfois trop clairement justement, les patients se sentent malmenés. Toutes les vérités sont bonnes à dire en médecine, il ne faut pas mentir.
Mais il y a différentes façons de les dire. Je l'ai réalisé à mes dépens lors de mes gardes aux urgences et en particulier cette nuit-là :
Lila, seize ans, accompagnée de son père, était alors admise pour une décompensation acido-cétosique. C'est une complication du diabète. Chez cette jeune fille, cette complication était annonciatrice de son diabète, jusqu'alors inconnu. L'insuline est une hormone naturellement sécrétée par le pancréas.
Elle joue un rôle de régulateur en maintenant la glycémie à des valeurs normales. L'insuline permet au glucose (sucre) d'entrer dans les cellules du corps. Le diabète entraîne un défaut de sécrétion d'insuline qui chez elle était devenu si important qu'il avait entraîné ce désordre métabolique grave. Le traitement a donc été débuté sans délai.
Je leur ai balancé le diagnostic de manière brutale sans ménagement et sans plus d’explication : « votre fille est diabétique », l'annonce d'une maladie chronique potentiellement invalidante qui allait changer leurs vies. 
Je n'ai pas réfléchi à la violence du coup que je venais de leur porter. Puis, j'ai tourné les talons pour me rendre dans un autre box. Son père m'a rattrapé furieux par le col de la blouse blanche et m'a signifié « non mais, un médecin ne devrait pas dire ça comme ça »
Il avait raison. En fait, personne ne devrait parler comme ça a fortiori un soignant. Même exténué à quatre heures du matin.
Lorsqu’on est soignant, c’est parfois difficile d'avoir le bon comportement, de dire les bons mots au bon moment. On n’évite pas toujours certains écueils. Il y a des mauvaises nouvelles à annoncer sans tarder alors qu’on n’a pas forcément appris à le faire.
Il y a les soignants trop rapides, surchargés de travail qui déplorent de ne pas avoir assez de temps à accorder aux échanges.  Il y a ceux qui ne consentent pas assez d’importance à la discussion alors que c’est une phase déterminante, ils s’en débarrassent, ils la laissent à d’autres.
Si certaines attitudes sont admissibles et admises, d’autres sont impardonnables et la médecine ne protège d’aucun travers de l’humanité, même pas du mépris.
« Vous êtes grosse, c’est normal d’avoir des rougeurs sous les seins… »
Les soignants dépassent alors leur cadre, ils deviennent caustiques voire moralisateurs.
« Vous êtes sûre de ne pas vouloir garder ce bébé ? Vous avez 22 ans, c'est bien d'être une maman jeune ! Et si ça se trouve le papa serait d’accord… »
Avoir la sensation d'être incompris ou jugé  n'est décidément pas tolérable pour un malade.