samedi 23 décembre 2017

Non rien, juste la routine!


Début de semaine difficile avec une matinée essentiellement dédiée à la petite chirurgie. Je commençais avec un patient de 44 ans qui était venu me consulter quelques semaines auparavant pour une lésion récente et bourgeonnante du bas du dos peu spécifique.
Je l'avais alors trouvée peu inquiétante. J'avais même été plutôt rassurante. Je l'avais retiré, et donné à analyser. 
Et là, mauvaise surprise, l'anatomopathologiste avait découvert une tumeur grave. Je me préparais à le lui annoncer avant de le réopérer pour réaliser une marge de sécurité afin d'en améliorer le pronostic. (les cellules cancéreuses ayant la fâcheuse habitude de se propager localement d'abord puis à distance). 
J'ai pris mes deux rames et j'ai débuté mes explications face à un visage défait et étonné dans une ambiance forcément tendue. Silence pesant, colère contenue, sanglots étouffés. L'intervention s'est malgré tout bien passée.
Puis, la 2ème patiente (magnifique blonde d'une soixantaine d'années au visage et au corps parfaits) est entrée vociférante dans mon cabinet m'expliquant qu'elle avait dû interrompre son cours de gym (sic) pour être à l'heure alors que je venais de la faire patienter en salle d'attente (parmi tous ces gens) plus de vingt minutes...
J'ai cru rattraper le retard avec le troisième patient.
Motif de sa consultation: bulle indolore et arrondie de la verge (comprenez ampoule sur le zizi) depuis une semaine. Pas de contexte infectieux, lésion isolée. Bulle probablement d'origine mécanique.
Je l'ai percée avec une aiguille stérile, ce n'est pas (très) douloureux.
Puis je lui ai dit que ce n'était pas grave, juste une ampoule, probablement liée à des frictions répétées, comme on peut en avoir sur les pieds après le port de chaussures neuves, ou après le sport...
Les éclaircissements simples aux yeux des médecins ne le sont pas toujours pour les patients. Et la consultation s'est éternisée. Interloqué, il a réfléchi, et n'a pipé mot un long moment avant de se rhabiller et de s'en aller.
Alors qu'elle m'avait déjà apporté la dernière notification de l'URSSAF et les différents paiements en retard, la secrétaire s'est glissée dans l'entrebaîllement de la porte, l'air vaguement inquiet.
Des agents de la police judiciaire souhaitaient me poser des questions au sujet d'un patient. Retranchée derrière le secret médical qui ne souffre que peu de dérogations, je les ai raccompagnés à la porte d'entrée.
Je commençais à opérer une lésion hyper vascularisée du cuir chevelu d'un patient d'une cinquantaine d'années avec beaucoup de difficultés. Je sentais les gouttes de sueur perler sur mon front et s'écraser sur le champ opératoire. Puis une suture a lâché, puis une deuxième...Je n'arrivais pas à faire l'hémostase (comprenez ça saignait la rage).
Malgré un bon jeu de jambes acquis aux urgences, je n’ai pas pu éviter les éclaboussures de sang sur mes nouvelles chaussures en daim fauve.
J'ai supplié le chirurgien de la salle d'à côté de me venir en aide avec une moue de fillette fragile. J'ai fait abstraction de sa petite remarque moqueuse et paternaliste : ''ben alors, on ne sait plus faire un point en X ?''
Heureusement, le patient n’a pas été effrayé par mes tergiversations et par nos discussions. Il comprenait que je passais une mauvaise journée. Tentant de me rassurer, il m’a même dit : « c’est la loi des séries docteur, comme le jour où ma femme m’a quitté. Je suis descendu au café me détendre, j’ai posé mon sac à mes pieds et on me l’a dérobé. »
Sur ces bonnes paroles, j’ai pris mon téléphone portable pour appeler mes amis et j’ai réalisé qu’il ne fonctionnait ni en émission d’appels, ni en réception. Le service technique de mon opérateur téléphonique, contacté dans la foulée, m’a achevé : « c’est le propre du bug, on ne sait l’expliquer. »
Non rien, juste la routine. F